• Je Pars...

    Je pars, ma vie est trop maussade
    Je pars j’ai laissé une feuille incrustée de mots sales
    Je pars laissez-moi donc ma douleur
    Je pars pour un monde fait de lumière et de couleurs
    Je pars, j’ai déjà fait mes valises
    Je pars car nos modes de vies d’ici me scandalisent
    Je pars car le ciel est bas et gris
    Les vieux n’ont plus d’sagesse, ils sont racistes et aigris
    Je pars, je m’envole vers le rire des enfants
    Je pars même s’ils m’en veulent j’ai trop souffert dans mes tourments
    Je pars la vie m’transperce de part en part
    Je pars car faut être fort et j’ai perdu mes remparts
    Je pars, y’aura ni promesses ni nouvelles
    Je pars, fallait du cran, j’ai activé la manivelle
    Par un beau matin je pars je laisse le flambeau
    Je trouverai mon Abyssinie, moi l’Arthur Rimbaud

    J’veux juste un chapeau de paille, une plage et un transat
    Oublier les charters, les aéroports dans lesquels on transite
    J’veux des nuits douces au ciel étoilé, scruter la galaxie
    Ici y’a pas d’laxisme, on bosse jusqu’à la cataplexie
    J’veux manger du riz au curry et des mangues juteuses
    J’veux pas d’leur vache folle qui rit à la fièvre aphteuse
    Et puis ce soleil qui tannerait ma peau luisante sous la pommade
    Ici on m’appelle « Negro », y’a pas d’place pour nos peaux mates
    J’veux qu’mes pommettes, mes zygomatiques s’échauffent toute l’année
    L’ami ! Les choses qu’ils promettent ? Être condamné à glaner
    Sur sample de guitare sèche, j’veux des gens simples et des sourires
    Ici c’est rare qu’on nous supporte, qu’on ouvre les portes et les serrures
    Alors viens, rentre dans mon monde
    Viens retrouver colombe mon cœur mort sous les décombres

    Embrassez-moi, je suis pour l’amour et la paix
    Le 28 août à DC j’ai fait le rêve de l’appel
    La peine ma vrai nature, je vis avec
    Comme l’orphelin du monde, l’enfant seul, le reste avec
    J’vis dans ces rues tristes, le matin hivernal
    J’suis enfermé dans l’enfer et pour moi c’est infernal
    Amenez la joie dans mes ténèbres, apocalypse de mes tourments
    J’ai l’impression d’être au tournant que les personnes autour me mentent
    Venez mourir ! Comme les vagues de la plage
    Venez donc lire, le vague à l’âme de mes pages
    Les palmiers sont courbés comme des vieillards
    Les bords de mer sont devenus de tristes dépotoirs
    L’érosion a mis à nu les mornes à rhum
    L’Abyssin a condamné tous les chemins qui mènent à Rome
    Ma musique s’exprime comme une sodade
    Les notes et les mots se mettent debout comme des soldats !

    Je pars, parti pour la vie
    Je pars, viens avec moi si t’as envie
    Je pars pour la saison des pluies
    Je pars, hier demain et aujourd’hui
    Je pars, parti pour la vie
    Je pars, viens avec moi si t’as envie
    Je pars, pour un rayon d’ombre
    Viens retrouver colombe mon cœur mort sous les décombres.

    "Je Pars" de Gaël Faye, extrait de son album "Pili Pili sur un Croissant au Beurre" disponible le 4 février 2013


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